C’est le titre d’une conférence à laquelle j’ai participé hier soir dans le cadre des conférences Suprêmes du Printemps Haussmann. Serge Carreira, qui dispense des cours à Science Po Paris était notre hôte.
Pour vous permettre de disposer du fil conducteur et de deux ou trois anecdotes sympathiques je vous fait ce petit résumé non exhaustif qui je l ‘espère vous en apprendra un peu plus sur l’histoire de l’élégance (incluant bien sur la mode) de la Renaissance à nos jours.
D’abord quelques mots clés sur l’Elégance : spontanéité, naturel, harmonie, charme…tous ces mots tentent de définir cet impalpable notion liée à l’art du paraître, sans se faire remarquer mais qui dénote d’un non conformisme, d’une idée liée à un monde qui change.
Gabrielle Chanel disait : »L’Elégance c’est le refus » et « Une femme est toujours trop habillée ».
Une petite chronologie by Serge Carreira pour continuer notre voyage dans l’élégance.
Les débuts : la Renaissance
C’est le retour des papes à Rome, après avoir séjournés en Avignon, qui sonne le début d’un nouvel esthétisme, qui devient un appui politique. Le développement d’un certain esthétisme lié à l’antiquité (représentation, beauté, idéalisation de nouveaux canons de beauté) dans la Peinture et la Sulpture mais également dans l’écriture avec l’invention de l’imprimeroe qui permet de déployer dans les livres religieux de nouvelles normes, instruments du pouvoir.
Exemple : l’extase de Sainte Thérèse, le David de Michel Ange ou encore le Laocoun
Une diffusion dans toute l’Europe
Ces nouveaux canons de beauté et d’élégance se diffusent via Botticeli, les nouvelles techniques artistiques (émaux de limoges par exemple). De nouvelles représentations de la beauté apparaissent, avec l’idée du miroir, du bain, de la sensualité.
Les modes de vie des classes supérieures deviennent de plus en plus sophistiqués, les cabinets de curiosité fleurissent. Il y a beaucoup de négoce de pièces d’archéologie, de bijoux. Par exemple, le diamant supplante les autres pierres, autrefois symbole de faste.
La mode venait de Rome ou de la cour d’Espagne…mais bientôt le Roi Soleil va faire évoluer ces canons
Louis XIV, eblouir pour s’imposer
A la fin du XVIIe, Louis XIV et son ministre Colbert décident de produire une industrie autour de l’artisanat qui va faire rayonner l’esthétisme et le savoir faire français. C’est a cette époque que sont créées les grandes manufactures (Les Gobelins pour les tentures, les Glaces qui sont aujourd’hui St Gobain) et Louis XIV impose l’art du ballet, où il se met lui même en scène dans des costumes fastueux couverts d’or et de diamants.
En parallèle, en Europe, l’artisanat d’art se développe et une élégance aristocratique, un nouvel « art de vivre » apparaît. Par exemple, Wedgwood créé pour Catherine II de Russie des milliers de pièce pour ses fastueux diners (assiettes, instruments de bouche….).
Marie Antoinette – et son ministre des modes
Je vous conseille le très bon film éponyme de Sofia Coppola qui recrée bien l’atmosphère de cette époque.
Marie Antoinette et sa ministre des modes Rose Bertin bousculent les codes de l’habillement, avec un dépouillement évident nommé « style pastoral ».
Une reine avec un chapeau de paille ? Un scandale a l’époque mais aussi une sacré leçon d’élégance sous forme de pied de nez. L’élégance passe également par l’art des chapeaux qui deviennent de véritable oeuvre d’art et d’équilibre.
Cette époque voit également la création de plusieurs maisons prestigieuses :
Chaumet en 1780 (qui a réalisé plus tard les bijoux de Napoléon) , Baccarat en 1764 et la cristallerie de St Louis en 1781…
Le style Empire : néoclassicisme et modernité
Madame Récamier en est le plus belle exemple, avec le développement d’une véritable industrie de l’élégance. En 1837 est créé le sellier Hermès,en 1853 l’ »emballeur » (!) Goyard. Car l’art du voyage se développe. En 1898 né le Ritz, un établisssement néoclassique critiqué par Proust pour son prétendu mauvais goût.
Le XIXe siècle : une véritable industrie de l’élégance
Le XIXe est un siecle chaotique au niveau du style. Très eclectique, le remodelage de la ville de Paris par Haussman, permet à Paris de briller de mille feux.
Eugénie de Montijo, la femme de Napoléon III sera la première cliente de la « Haute Couture » et particulièrement de Charles Frédéric Worth qui est le premier à « imposer au client ses modèles », une véritable révolution contrairement à avant où la cliente choisissait elle meme ses tissus, ses rubans…
Guerlain créé l’Eau Impériale pour Eugénie.
On voit également apparaître le courant du dandisme, l’élégance masculine se forme. Baudelaire disait d’ailleurs que « le dandy doit vivre et mourir devant son miroir’. Tout un programme…
Ce siècle voit l’arrivée des premiers créateurs :
Worth
Jacques Doucet
Jeanne Lanvin en 1885
Paul Poiret en 1904, qui est le tout premier couturier « Star » avec la proposition d’un style, d’une façon de vivre – a ses clientes.
Poiret s’éloigne, Chanel arrive : une nouvelle modernité en ce début de XXe
De nouveaux modes de vie apparaissent, avec l’art du voyage, des bains de mer, du sport. Dans les arts décoratifs, une nouvelle esthétique se met en place.
Des maisons se font remarquer : Madeleine Vionnet par exemple (et ses 2000 ouvrières), et lors de l’exposition universelle du début du XXe, les arts décoratifs et même les prémices des grands magasins ont leur place.
Petite anecdote sur un mot créé à l’époque : la midinette. C’est celle qui va s’acheter des vêtements, des rubans le midi et qui n’a donc pas le temps de se restaurer…
Entre 2 guerres
C’est le développement des magazines, de la Photo. Par exemple, Edward Stachen, qui créé de nouveaux codes pour la couture.
Charles et Marie Laure de Nouailles – des mécènes – sont de grandes figures de ce nouveau style. Ils se font construire la première maison en béton – une villa tournée vers le soleil – où se rencontrent artistes, créateurs et tous les influents de l’art de l’époque.
La mystérieuse Marquise Casati va influencer également l’art de l’époque, avec ses poses mystérieuses et théatrales – devenant une figure connue de l’époque, qui fascine.
Une véritable prise de pouvoir par les femmes ! Création de Vionnet en 1912, de Chanel en 1921 et Elsa Schiaparelli en 1927. La créatrice est une artiste.
On notera le développement de ce nouvel esthétisme – y compris dans les magazines de l’époque avec de grands noms comme Georges Lepape, Georges Barbier ou encore Paul Iribe
Une nouvelle révolution
En 1947; Dior et son « New Look » font sensation après la guerre, où, dans ces temps de rationnement, le maître créé sa version de l’optimisme, de l’idéal féminin bien loin des douleurs de l’époque. De nouvelles maisons apparaissent : Balenciaga (1937), Chanel le retour 1954, YSL chez Dior en 1957 puis seul à partir de 1962.
Un véritable boulversement pour les femmes : les créateurs comprennent qu’elles vivent différemment…et Pierre Cardin en 1957 leur offre son génie visionnaire. Arrive également Courrèges en 1965 puis Paco Rabanne en 1966 – avec sa nouvelle vision, inspirée de la récupération.
Une nouvelle culture – contre culture – émerge avec une sorte de contestation des anciens codes, et un nouveau rapport à la célébrité et à la représentation.
Les codes de la mode sont gardés mais en « très fort ». C’est le début du pret a porter.
Ce n’est pas de la couture, c’est du spectacle : les années 80
Golden Boys, nouveau style italien : les années 80 voit l’arrivée de nouveaux imaginaires. De puissance mais aussi de distinction (avec Ralph Lauren qui propose sa version de l’imaginaire des Hamptons).
Chapeauté par Karl Lagerfeld, Ines de la Fressange réhabite le style de Gabriel Chanel, comme une réincarnation.
Le retour du minimalisme dans les 90’s
La guerre du Golf a ses conséquences. Les créateurs reviennent au minimalisme, à la sobriété dans le vêtement, qui est une véritable « pièce d’architecture ». On recherche l’essence du vêtement comme dans la maison Helmut Lang (gabardines lourdes, couleurs minimalistes : noir, blanc, gris) ou chez Jil Sander (épuration du vêtement).
Gabrielle Chanel disait d’ailleurs un peu plus tôt « une femme est toujours trop habillée et pas assez élégante ». Les 90 tentent de casser cette affirmation !
La maison Martin Margiela est l’incarnation de ce minimalisme : la maison est connue mais le créateur inconnu avec une volonté de disparaître au profit du vêtement.
L’ère des marques
Et repart un nouveau cycle…avec Tom Ford en 1994 qui prend la direction de Gucci, appuyé par Domenico di Sole. La femme devient sexy, sensuelle, glamoureuse, un peu too much et surtout très provocante.
En 1997, John Galliano succède à Gianfranco Ferré a la direction artistique de Dior et reveille la maison avec la Pub. On devient addict a la mode.
En 1997, Marc Jacobs arrive chez Vuitton et bouscule lui aussi les codes de la maison, avec des tags sur les modèles classiques.
C’est l’ère de l’obsession des peoples, Marc Jacobs utilisent les icônes d’un jour – comme un écho au « 15 minutes de célébrité » que déclamait Andy Warhol.
Le plus complexe est d’arriver à fédérer une mode à l’echelle international, et de proposer une élégance qui soit internationale.
Heureusement subsiste des représentations très fortes et de petites maisons qui continuent à proposer, un minimaliste cher à Chanel.
C’est le cas de la maison de parfums Frédéric Malle à la démarche particulère, qui considère le parfum comme de la litterature…un accès direct à l’élégance dans le parfum ?









L’ouvrage s’ouvre sous mes doigts à la page 18 : « Après mûre réflexion, j’ai noté dans mon carnet les (…) bonnes raisons de faire un enfant. (…) Par Amour, par Ennui et par Peur de la Mort ». » Et puis quelques pages plus loin : « La vie est un chaos dans lequel certains s’évertuent à mettre un peu d’ordre : les seules qui n’ont pas peur du corps, qui n’ont pas la vie en horreur s’appellent les médecins. Les autres mortels se réfugient dans l’illusion que la vie est spirituelle et que la naissance est amour ». Et si pour une fois, je m’autorisais à déroger à ma règle, que je me plongeais dans ce sujet tabou et que je tentais de comprendre un point de vue ?
Un petit film de filles que j’avais déjà regardé il y a quelques années et qui me fait toujours autant de bien : In Her Shoes.